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Portrait : Margaret Hermant

Article paru dans le magazine Larsen #53 - Mai 2023


La musique habite profondément Margaret Hermant. Lumineuse, curieuse, elle pilote son parcours de musicienne et compositrice comme un voilier, au vent des rencontres et de son extrême curiosité. Et ça marche : de la scène à la composition, en passant par une collaboration avec Jóhann Jóhannsson, cette enthousiaste se consacre aussi à trois projets musicaux aussi passionnants qu’éclectiques.


On le sait : le confinement a poussé les artistes, comme beaucoup d'autres, à se renouveler. Sous Covid, privée de scène, Margaret Hermant produit la musique de la websérie Première Vague et celle du film Le coeur noir des forêts. Elle y développe son attrait spontané pour le son, ses textures et, en 2021, compose sa première pièce personnelle, Under, que de label Deutsche Grammophon publiera sans hésiter dans le cadre du Projet XII, consacré aux musicien.ne.s contemporain.e.s innovant.e.s et créati.f.ve.s. C'est ainsi que Margaret Hermant, musicienne, est officiellement reconnue compositrice.


Mais n’allons pas trop vite. Tout commence au Conservatoire de Huy où elle apprivoise le violon et le piano dès l’âge de 4 ans, par le biais de la méthode Suzuki – venue du Japon et qui base l’apprentissage de l’instrument sur l’écoute, la reproduction des sons et l’accompagnement actif de l’entourage. Un entourage bienveillant qui encourage la persévérance de la petite Margaret, dont les talents semblent cohabiter avec la passion : quelque temps plus tard, elle tombe encore amoureuse… de la harpe. Et elle en rit : « Mes parents auraient peut-être préféré que je choisisse le chant, mais j’ai insisté ! » Devenue grande, elle poursuit l’aventure au Conservatoire de Liège. « Je n’étais pas certaine d’en faire mon métier mais c’était logique pour moi de continuer la musique. Sans pression : j’avais envie de continuer à évoluer sans avoir la sensation qu’il fallait absolument que ça se passe bien. »


Une légèreté qui l’amène ensuite à Bruxelles où, tout en se perfectionnant au violon, elle obtient un graduat en sciences juridiques, au cas où. Une démarche « parachute » qui a finalement pour effet de libérer son engagement envers la profession artistique. Mais ça n’a rien d’une chute libre : dans le parcours de Margaret, la rencontre avec Shirley Laub n’est pas anecdotique. La professeure, connue pour identifier les forces de ses élèves et les guider dans les diverses directions qu’offre la musique, lui permet de libérer son potentiel et ses aspirations. « Elle m’a ouvert des possibles, m’a donné confiance, j’ai toujours eu des goûts plutôt « exotiques » : même si j’ai joué en orchestre et fondé un quatuor, les choses qui sont venues à moi par la suite m’ont poussée vers d’autres formats. » Des formats qu’elle explore en fonction des invitations, goûtant de tout avec curiosité : musique de scène pour le théâtre jeune public, musique contemporaine avec Musiques nouvelles, musique ancienne… jusqu’à la musique traditionnelle ou encore le rock (avec Séverine Cayron, alias Valkø) où elle signe déjà quelques arrangements et lignes de violon.

Ses goûts ainsi façonnés au gré des expériences, l’univers de Margaret Hermant se précise ensuite autour de trois projets : le Quatuor MP4, le projet Echo Collective et le quintette BOW.


L’exercice du quatuor appelle traditionnellement la dévotion des musicien·ne·s à la partition, ce qui n’empêche pas le Quatuor MP4 (créé en 2008) de décloisonner les genres sans complexes : au carrefour des disciplines, il explore aussi bien le répertoire contemporain que romantique ou les projets « mixtes » : danse et musique avec Isabella Soupart ou encore musique brésilienne avec Osman Martins, par exemple.


Mais là où le goût de la recherche et de l’imprévu s’exprime peut-être le plus, c’est au sein du quintette BOW, créé en 2016. Qu’est-ce que c’est ? Et comment ça marche ? « On arrive et on joue. On évite le terme d’improvisation qui peut être connoté par une certaine esthétique selon le style musical dans lequel on se trouve. On a plutôt réfléchi au concept de ‘composition instantanée’ et travaillé des gestes en commun qui nous permettent d’impulser des choses au moment où on joue, des paramètres d’harmonie, textures, rythmiques, dynamiques, .... Ça permet de rester libres. On partage aussi des approches similaires du son et de la technique. C’est une équipe qui s’écoute remarquablement, composée d’artistes qui participent à d’autres projets et qui enrichissent donc le quintette de leurs propres expériences. Il arrive d’ailleurs parfois qu’un artiste de BOW se retrouve dans Echo Collective. »


Echo Collective, c’est la 3ème de ses formations récurrentes, fondée par Margaret Hermant avec Neil Leiter, et qui confirme son attirance profonde pour l’esthétique qu’on appelle parfois « post-classique » : composée sur instruments classiques, elle appelle en renfort l’électronique et l’amplification pour colorer le son et en intensifier l’expérience. Avec deux albums en préparation, « les ingénieurs du son sont d’étroits partenaires pour ce projet. Ces techniciens sont autant artistes que nous, on réfléchit ensemble aux types de micros, réverbération, amplification… La collaboration au long cours est cruciale avec des personnes qui savent d’où on vient et où l’on va dans la recherche du son. » Citons-les, ces magiciens incontournables : ce sont Tom Lezaire, Fabien Leseure, Pierre Dozin et Francesco Donadello.


La cerise sur le gâteau de cette recherche sonore, c’était bien entendu le travail avec le compositeur Jóhann Jóhannsson, qu’Echo Collective a accompagné en tournée avant d’enregistrer, comme il l’avait désiré avant sa disparition, sa suite de pièces pour quatuor à cordes « 12 Conversations with Thilo Heinzmann ». « L’énergie qu’il développait autour de lui était fascinante. C’est une rencontre majeure pour moi car c’est un compositeur que j’ai beaucoup travaillé, que j’aime beaucoup jouer, dont j’aime profondément la sensibilité, la pureté des arrangements, les couleurs qu’il utilise, c’est quelque chose qui m’apporte beaucoup de paix intérieure.»


Jóhann Jóhannsson croyait au pouvoir de la simplicité et à l’honnêteté émotionnelle. Les ruisseaux font des rivières : si la musique habite profondément Margaret Hermant, elle le lui rend intensément. « Elle est omniprésente et les gens l’utilisent pour faire passer des milliards de messages. Dans le métro, les magasins, la rue, la nature, la forêt… Trop peu souvent à l’école, et c’est dommage. Elle est aussi porteuse de cultures, saveurs, sonorités, histoires. Elle convoque toujours une atmosphère et des images complètement différentes. » Et c’est avec un peu d’émotion qu’elle ajoute que, pour elle, la musique est aussi un refuge, l’endroit nécessaire où viennent se déposer les émotions fortes. Les siennes et celles des auditeurs : parce qu’elle est, toujours et partout, accessible.


Et l’avenir alors ? L’une des forces de Margaret Hermant, on l’a deviné, est de pouvoir accueillir les choses comme elles viennent. « La nouveauté offre des choses que je n’ai pas encore reçues et m’impose des choix, mais comme toute situation, dans la vie, en impose. » Interprète, compositrice, femme… et jeune maman, elle est toujours enthousiaste à l’idée de jouer et désire consacrer plus de temps qu’auparavant à la composition. Dans son futur monde idéal, il y a des choses simples : un lieu pour créer, produire, jouer et enregistrer de la musique, y accueillir et programmer des artistes. Ce serait proche de la nature, avec un potager, des poules, des arbres fruitiers, des enfants qui courent. Un petit coin de paradis.

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