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Didier Laloy : à la fidélité

  • Vanessa
  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

L'accordéoniste belge Didier Laloy fête ses 30 ans de métier depuis... un peu plus de 2 ans. Pour couronner cet anniversaire, il se produira le 8 février au Cirque Royal avec un orchestre symphonique. Un vieux rêve se réalise, pour ce musicien autodidacte qui a toujours travaillé sans partitions. Le concert est sold out. Mais Didier n'est pas à court de projets. D'autres occasions d'aller l'écouter surgiront bientôt !


Son premier souvenir d’artiste, Didier Laloy le situe à Huy. Quatre heures de scène, pour une carte blanche. « C’était une première clôture de quelque chose. Et c’était comme recevoir un diplôme de la part de mes pairs, une reconnaissance. Mes premiers projets se sont concrétisés à partir de ce jour-là. »


La reconnaissance des pairs était importante pour lui. Celle des adultes, en général. Accordéoniste autodidacte, sans affinités avec les rigidités du solfège au sein d’une famille où l’on désirait le voir pratiquer la musique, c’est par la tradition orale que la musique est venue le chercher. Par surprise, lors d’une fête de quartier où il s'émerveille devant l'accordéon diatonique tenu par Marianne Uylebroeck. Par la suite, Marianne deviendra son professeur. « Marianne, prof universelle ! Le mercredi, c’était accordéon, elle m’enseignait autre chose les autres jours, mais à chaque fin de leçon elle me faisait jouer un morceau, et c’était un plaisir. »  Je hausse un sourcil. Des cours tous les jours ? En plus de l’école ? « Je suis dyslexique, j’étais nul à l’école… mais j’aimais beaucoup ça. Pour le côté humain. Ma prof de français a 85 ans. On a encore mangé ensemble hier. »


Le côté humain. L’oralité. La loyauté. Le portrait de Didier se dessine pendant qu’on discute. Ses curseurs sont l’échange, le don, le partage. « Un jour une personne m’a tiré d’une grosse galère, je lui ai demandé comment je pouvais lui rendre le service qu’elle m’avait rendu. Elle m’a répondu ‘mais rien voyons, quelqu’un d’autre me le rendra pour toi !’ Cette phrase m’a marqué. C’est ce que j’aime dans la vie et dans le travail aussi : que l’humain se donne à l’autre et qu’on se partage. Je suis quelqu’un de très fidèle, en amitié, en amour, entre musiciens. J’aime les liens qui perdurent et j’entretiens mes relations, je leur consacre du temps. Parce que j’y prends plaisir et aussi parce que j’ai peur, de l’abandon certainement. »


Ah, voilà. On y vient. Derrière l’artiste, l’homme fragile, vulnérable, angoissé ? « Je suis très angoissé. J’ai vécu ma première crise à 13 ans et l’accordéon a fait ressortir tout ça. L’instrument a placé mes angoisses sur le souffle en tout cas ; pourtant, quand je suis en scène avec lui, je m’anime. Dans la vie, je peux être un peu raide, mais en spectacle… »

Didier n’a pas besoin de terminer sa phrase. Je l’ai vu : sur scène, l’accordéon dans les bras, il ne fait pas qu’en jouer : il danse avec lui. Et c’est un régal pour les yeux autant que pour les oreilles. C’est un plaisir pour la joie qu’il transmet sans le faire exprès.


Sa carrière a débuté par une espèce de hasard. La chance, dit-il, des bonnes rencontres au bon moment. En l’écoutant parler, je me dis qu’il n’a peut-être jamais été conscient de la lumière qu’il dégage. Que cette forme de candeur, alliée au talent et à la rigueur, n’a pu qu’engager ses ainés à le prendre sous leur aile. Il n’a que 16 ans quand il est repéré par Marc Malempré qui l’invite à ses cours de danse. Il n’a pas encore 18 ans quand Steve Houben l’enrôle dans Panta Rhei. D’une trajectoire entamée si jeune, et si vite, Didier a tiré son goût prononcé pour la scène. « Mais j’adore rêver, aussi. Imaginer ce que sera un concert, un spectacle. Je ne suis pas un compositeur compulsif. J’écris plus volontiers à la ‘commande’, en réaction à un histoire à raconter. Il me faut toujours quelque chose à raconter. »


Mon thé refroidit pendant qu’il prend le temps de répondre à mes questions. Ce jour-là, c’est lui-même qu’il me raconte. Qu’il voyage beaucoup alors qu’il est très casanier. Que le bricolage est son yoga à lui. Qu’il fait parfois les silos et les ballots avec son voisin fermier. Que partir est toujours difficile. Que quand il rentre, la première chose qu’il fait est de prendre un bain. Il me parle de Marie, qui était son élève avant d’être son amoureuse, de sa fille, qui se lance en musique en craignant de lâcher sa main de transmetteur. Des concerts sous les arbres qu’ils organisent chez eux, du festival d’été qu’ils ont inauguré il y a 6 ans. « Regarde cette photo. C’est chez nous, avec l’Orchestre de chambre de la Néthen… En guise de fosse, ils ont joué dans la fosse à purin. Vide, bien sûr. » Et il rit. Je ris avec lui. Je réclame la photo. Elle illustre cet article ;-) A ma question, « Si tu n’avais pas été musicien, quel métier aurais-tu sans doute exercé ? » il répond du tac au tac : « Agent de change, comme papa. » J'ai l’air surpris car il ajoute « Il portait des cravates, il rencontrait des gens tout le temps… En fait, il avait l’air heureux ! »


Depuis plus de trente ans, Didier Laloy exerce un métier qui le rend heureux. Son ressenti ? Content. Étonné. Reconnaissant.


Le 8 février au Cirque Royal, il sera rejoint notamment par le complice des débuts Perry Rose, mais aussi Marka, Quentin Dujardin, Veronica Codesal (Urban trad) et l’infatigable Adrien Tiberghien. Il sourit à l’évocation de ce patchwork artistique : « C’est l’alchimie des univers qui m’ont construit ». Quant aux musiciens, ce seront ceux de l’Orchestre de chambre de la Néthen et de l’Ensemble Quartz. Ensemble, ils offriront un spectacle en forme de rétrospective, avec des morceaux réorchestrés par Jean-Luc Fafchamps et Gwenaël Grisi. Du joli monde.


Mais, sans connaitre un gramme de solfège, comment se passe la rencontre avec un orchestre symphonique ? « Au début c’était très angoissant. J’ai beaucoup travaillé en amont, avec les enregistrements de l’orchestre. L’exercice le plus difficile pour moi, au début, était de composer avec le fait qu’on ne rencontre pas personnellement les musiciens. Le regard n’y est pas : ils regardent les partitions ! Il m’a fallu trouver un allié, un repère. J’ai dû apprendre à faire sans ce regard que j’ai l’habitude de partager avec mes partenaires. » Pour autant, l’alchimie a opéré, la tournée, l’anniversaire, et l’apothéose annoncée au Cirque royal, date pour laquelle il s’enthousiasme : « Ca va toucher une grande partie du public qui me connait : je raconte l’histoire de ces 30 ans, c’est une partie de leur histoire aussi. Tandis que ceux qui ne nous connaissent pas seront surpris, vont peut-être découvrir un nouveau monde. Et les arrangements sont magnifiques. J’ai beaucoup de chance. »


Didier n’est pas une star. Il est, je le cite, « reconnu dans un certain milieu culturel ». Il peut se sentir frustré qu’une partie du public n’ait jamais entendu parler de lui, à cause de l’étanchéité infranchissable développée par les médias. « Certaines chaines n’ont jamais voulu de moi parce que je ne suis pas assez pop. D’autres me cantonnent à la musique du monde… Les lieux d’écoute se spécialisent de plus en plus, et les médias s’y mettent, alors le public finit par vieillir avec nous, sans que notre musique soit accessible à de nouvelles oreilles. Avant, c’était pas pareil. C’est pour ça que j’ai un public aussi varié. » 


Tout angoissé qu’il puisse être, Didier est empreint du rôle de la musique dans sa vie. « Je me suis épanoui grâce à elle, c’est la musique qui m’a donné la reconnaissance du monde des adultes. Toutes mes plus belles rencontres sont liées à la musique et à l’accordéon. »


L'instrument sur lequel il joue ? C'est encore celui de ses 18 ans. Il en a essayé d’autres, mais il revient toujours à celui-là. Vieux, patiné, un peu déchiré. « C’est mon vieux cheval », plaisante-t-il.

« Aucun ne me procure du plaisir comme celui-là. Si je le perdais, je ne sais honnêtement pas si je pourrais encore jouer. J’éprouve avec mon accordéon un plaisir qui tient à ce qu’on respire ensemble depuis toutes ces années. » 




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